Tout allait changer, rien ne serait comme avant. Lamazone avait profité des bienfaits des termes dOlya avant de revêtir la tenue qui lattendait depuis quelques années. Elle était identique à celle du Grand sage, mais les voiles safran sont remplacés par un jaune poussin. Une fine ceinture en argent serre la taille de Kira. A cette dernière, les épées de combat ont cédé leur place à une serpette liturgique. Kira pose le bijou de front qui se termine en une lune au-dessus de lespace de ses sourcils. Elle se regarde un instant dans le reflet dun miroir, son visage sest durcit avec les guerres, la paix nempreint pas encore ses traits. Elle remarque à son poignet le bracelet qui la lie aux amazones. Dans un soupir mélancolique, elle sen sépare et le pose sur sa coiffeuse.
Un cri de rapace perce les cieux rougissant de la fin de journée, le bijou tombe sur le sol sous une poussée invisible. Quelque chose ne va pas, instinctivement la haute elfe dOlya se pencheà la fenêtre ; Aussitôt un épervier surgit, son esprit affolé cherche à toucher celui de Kira. « Xitu !! ».
Elle ouvre ses sens, et tente de lui insuffler une vague dapaisement afin de comprendre le message désordonné de lanimal : « Jaelle navire rats mort maîtresse ». Kira regarde le bracelet qui a chuté du meuble alors quil était posé au centre du plateau. Elle craint le pire et lui projette limage de son amie Viviane la fée.
Des cris perçants percent louie fine de lelfe « Mort !Mort ! Mort ! Mort ! » Le volatile affolé bat des ailes et sautille en tout sens sans cesser dhurler sa peur.
Une lame vient déchirer lâme de Kira qui hoquette sous le choc. Elle attrape le volatile, et lui susurre des mots elfiques pour calmer lesprit agité de la bête. Les cris du rapace cessent, mais ses yeux affolés trahissent son désarroi, avec un battement dailes puissant, il senfonce dans lobscurité qui envahit peu à peu Olya.
Le silence se fait le confident de la princesse qui est face à son impuissance dans sa robe de prêtresse. Les larmes narrivent plus à couler, le choc est trop grand. Elle est sortie de ses appartements sans avoir vraiment eut limpression quelle avait commandé son corps à le faire.
Les bougies suivent la ligne dun chemin quelle emprunte sans faire attention à la beauté du lieu, ni aux chants mélodieux qui sélèvent vers la voûte étoilée. Elle pénètre à lintérieur du palais des Sages avec la seule image du visage souriant de Viviane qui sest éteinte dans les pleurs divrognes peinés de ne plus sadonner à leur vice dans une auberge qui a pris feu. Un rire suave remplit son esprit, une voix chaude simmisce dans ses pensées, elle ne comprend pas les paroles prononcées, mais elle sait que le mal les habite. Elle secoue la tête et fait face à la réalité, Viviane est là dans léther, la mort nest quune illusion.
Une page est tournée, mais les légendes continuent dexister même au-delà du trépas. La princesse dOlya marche vers sa nouvelle voie sans se retourner. Daifen nest pas pour elle, le malin est roi. Le culte du mal se répand et passe pour une mode, hegdrosyr, yog, grull, la dimension opaque.
La prêtresse guerrière se prépare à une nouvelle quête loin de la poudre dillusion qui se répand sur les batailles incessantes. Aucune attache ne la retient maintenant à Daifen. Son amie, sa sur darme nest plus, son amant Ektelioth a disparu.
Les fées virevoltent autour des dryades qui se montrent timidement avant de simmerger totalement dans la nature. Luniell galope, libre, à travers les bois en paix dOlya. Les courses effrénées quil a menées avec lamazone, sont remplacées par les jeux avec les siens qui sébattent en liberté. Il est libre comme sa cavalière qui foule le temple de lesprit dOlya sans entrave. Lesprit de la prêtresse se noie dans son objectif pour mieux oublier la douleur.
La nuit est tombée et dans son règne prend place celui mené par une créature ténébreuse et malicieuse par delà le domaine dOlya. La Comtesse Sniejana attend son heure et Kira touchée en plein cur.
Les rires s'élevaient dans la cité du Clan. De joyeuses notes de musique s'égrenaient. Kira profitait de ce temps de réjouissance. Elle avait cédée son armure pour une tenue plus féminine. Elle regardait les habitants de la cité fêter la victoire de ses seigneurs. Elle sentit quelqu'un lui tirer sa robe. Surprise, elle regarda qui en était la cause. Elle vit une petite fille, avec de grands yeux noisette. Elle était coiffée comme Kira pour cette occasion. Elle avait de fines tresses qui partaient des tempes pour se réunir à l'arrière. Le reste des cheveux étaient détachés. Elle se tordait les doigts en fixant la princesse de Olya. « Bonjour ! » dit Kira avec un air attendri La fillette lui fit alors un large sourire qui dévoila quelques dents de lait qui avaient disparu. Elle semblait avoir perdu tous signes de timidité. « Bonjour Dame Kira ! Je m'appelle Flora, je veux être comme vous ! Vous êtes si belle Mon papa, il m'a fait deux épées de bois comme vous ! Et c'est ma maman qui m'a fait la coiffure comme vous !! Mais je n'ai pas de médaillon Maman m'a dit que j'en aurai un pour mon anniversaire !» Sa voix cristalline voilée d'un petit zozotement enchaînait les phrases. Kira profita de la reprise du souffle de la petite fille pour parler. Elle lui tendit une chaise et une part de gâteau. « Tu va être une féroce guerrière ! Je pourrais t'entraîner si tu veux » Lui dit-elle en prenant un air sérieux. Un cri guttural accompagné d'un bruit de verre cassé fit sursauter la fillette. Ayant vu la réaction de la fillette, Kira ne put s'empêcher de rire. « Ne fait pas attention à lui, Dante est très bruyant ! Il faudra que tu contrôles ta peur » « Ma mère me dit que si je ne m'endors pas, Dante viendra me manger !! »Flora se leva, et s'installa sur les genoux de l'elfe. « C'est vrai ? » « Non, il n'aime pas les petites filles. »Rassura Kira en replaçant les cheveux de la fillette. « C'est vrai ! Vous pouvez me raconter son histoire ? »Zozota-t-elle. « C'est une longue histoire. Tu sais il n'a pas toujours eu cette apparence. » « Racontez moi Dame Kira »supplia-t-elle tout en jouant avec le médaillon de la princesse.
L'après midi était radieuse, le soleil participait à la joie de cette journée. Les rondes se formaient au rythme des violons. Mais, la fillette et Kira ne prêtaient plus attention à tout ce tintamarre. Elles étaient hors du temps, ou plutôt, il y a bien des lunes en arrière. C'est ainsi que la princesse dOlya fit voyager Flora dans le passé.
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« Dans des plaines brumeuses, à la végétation verdoyante se trouvait un royaume. Il appartenait à un puissant seigneur qui était réputé pour toutes ses victorieuses conquêtes. Il se nommait Orgulas. Il avait plus de mille hommes réunis autour de lui, prêts à le servir, à se battre pour lui, et à goûter l'amer breuvage de la mort. Le soleil ne venait que très rarement en ces terres reculées. Quand le brouillard était trop épais, une multitude de torches perçaient les nuages venus côtoyer la terre. Le squelette de l'imposante forteresse se dessinait ainsi, indiquant une direction pour les rôdeurs. Ce n'était pas un manque de stratégie de la part du Roi Orgulas. La paix régnait chez lui, le peuple vivait paisiblement. Les batailles se déroulaient dans des contrées fortes éloignées. Les temps obscurs de ces plaines étaient contés aux enfants qui se rendaient dans le monde des rêves, en s'imaginant être un fier chevalier. Ce désir de pouvoir était présent chez un homme qui avait déjà les mains usées par le combat. C'était un paladin du nom de Pertoz. Il ne supportait pas d'être mêlé avec ses frères d'armes. Il voulait de la reconnaissance, il voulait voir des hommes ployer les genoux à son arrivée. Au lieu, de ça, il servait corps et âme son Roi. Il ne dirigeait aucune troupe. Il n'était pas issu d'une famille noble. Il n'eut pas le privilège d'apprendre l'art de la guerre. Les chefs des bataillons étaient bien polis dans leur cuirasse clinquante. Mais, ces dernières n'étaient que très rarement tachées de sang. Ce paladin ne le supportait pas. Au fond de son cur naissait peu à peu une véritable haine pour ces généraux, qui testaient sur les hommes les derniers cours de leur précepteur. Pertoz connaissait la stratégie. Il était au cur des combats. Il connaissait le choc de deux armées lancées à toute allure, les lances pointées vers l'avant. Il avait vu ces compagnons agonisés sous les coups meurtriers. Il été révoltés de voir le roi Orgulas et ces seigneurs qui étaient fiers de raconter leurs exploits fictifs. Leurs épées leurs servaient d'apparat, les lames n'avaient aucune éraflures témoignant d'un combat.
La nuit était tombée encore rapidement sur les plaines de Zörh. Mais après tout, cela ne faisait point de différence avec le temps maussade, caractéristique de cette région. Encore une journée était passée, dans la monotonie la plus totale. Les ordres avaient été hurlés, les gestes d'entraînement répétés infiniment. Les généraux avaient défilé fièrement. Comme toutes les nuits, Pertoz était allongé sur sa planche de bois recouverte de paille, sa couverture en laine rêche rejetée sur le côté. Il fixait le plafond couvert de torchis. Il détestait cet endroit, où les odeurs humaines se mélangent sans distinction. Les paladins étaient relayés dans des dépendances humides du château. Il y avait deux foyers qui permettaient de passer les nuits les plus froides. Mais, ils étaient tous entreposés là, attendant un hypothétique départ. Il maudissait le roi Orgulas. Il ne voulait qu'une chose le tuer. Il se souvenait l'humiliation qu'il avait subi la nuit dernière. Son insomnie avait encore fait des siennes. Il était sortit dans la cour extérieure de la forteresse. Les gardes n'étaient plus aussi attentifs en ces temps de paix. Ils engloutissaient de l'eau de vie pour passer la longue attente et parfois pour réchauffer un peu leur corps engourdis par le froid. Pertoz vit deux silhouettes encapuchonnées de capes noires. Elles se faufilaient telles des spectres le long des murs de pierre. Avant de disparaître derrière un gros talus de bois de chauffage. Il alla dans leur direction. Quand il fut à quelques mètres du tas de bois, il entendit des chuchotements. Ceci était de plus en plus étrange. Il franchit l'amoncellement, et se posta devant eux. Il vit deux hommes qui avaient quitté leurs capes, pour des vêtements plus légers. Ils étaient armés. Ces derniers se précipitèrent sur lui à tout vitesse. Mais au même moment, le paladin saisit une bûche de bois, et évita les assaillants. -Gardes !! Hurla-t-il tout en essayant de porter un coup aux intrus.
L'un de deux hommes réussit à lui planter son poignard dans le flanc. Dans un élan de survie, Pertoz, asséna un violent coup sur la tête d'un homme. Celui-ci s'écroula inconscient dans le reste des bûches. Il sentait son sang se répandre peu à peu sur sa tunique et ses braies qui lui collaient à la peau. Il jeta son morceau de bois. Il entendit le bruit métallique des cuirasses des gardes se rapprocher. L'espion fixait Pertoz, il devait s'échapper. Il fonça une nouvelle fois sur le paladin, la lame d'une dague en avant. Pertoz le para et lui donna en violent coup de coude dans le sternum. Il profita du souffle coupé de son adversaire pour se poster derrière lui. Il porta ses mains au cou de l'intrus. On entendit juste un craquement d'os, et un corps s'affaler sur de la terre battue. Les flammes des torches vacillaient. Les gardes étaient là, ainsi qu'un des généraux, prévenu par cet événement rarissime. Celui-ci regarda de haut le tableau final de la fin de la lutte. « Que s'est-il passé ? » demanda-t-il sèchement. Pertoz se redressa, ne voulant point paraître faible, devant cet homme qu'il maudissait. « Ce sont deux espions, je les ai intercepté mon général. »
Le gradé fit claquer ses doigts, un homme parti en courant. Quelques instants plus tard, il était accompagné du roi Orgulas. En voyant, sa seigneurie apparaître, Pertoz sentit une once d'espoir pointer en lui. Il aurait enfin une reconnaissance. Il se démarquerait de ses compagnons d'arme. Qui sait, peut-être même qu'il serait sur un poste avec un peu de responsabilités. Au lieu de ça, il vit le général afficher un sourire radieux, et interpeller le Roi en faisant jouer sa cape soyeuse. « Mon Roi, je suis navré de vous faire venir à cette heure ! Mais, regardez ce que j'ai attrapé ! Vous vous souvenez de mes craintes, et bien, elles étaient fondées. »Dit-il d'un ton faussement mielleux. Il n'eut pas honte de son mensonge. Il savait que personne n'oserait lui tenir tête. « Parfait mon ami !! Montrez moi ses prises ! » Ria le roi tout en s'avançant. C'est ainsi qu'il vit le paladin qui sentait inexorablement monter la rage en lui. Il fut surprit de voir un de ses soldats présent et blessé. Son sang dessinait une grosse tache rouge sur ses vêtements usés. « Que fait-il ici ? » Dit Orgulas tout en fixant le paladin. « Oh .Il a voulu venir me prêter main forte !!Stupide idée, n'est-ce pas ? En braies ! Il n'avait même pas d'arme. Forcément, il s'est fait blessé. Je lui ai sauvé la vie à ce malheureux. Les deux autres n'ont pas eu cette chance. » Ironisa le général un sourire en coin,en regardant Pertoz. Ce dernier serra les poings, il ravala sa salive. Malgré lui des mots sortir de sa bouche. « Non...il y en a un qui est encore vivant, il a été assommé ! » Le roi, regarda étrangement l'homme qui se tenait fièrement devant lui en dépit de sa blessure. Il avait aussi remarqué, les gardes qui avaient le regard fuyant, gênés par quelque chose. « Oui !! » Le général toussota, et s'interposa entre Pertoz et le Roi. « Je voulais dire que les deux autres avaient été neutralisés. Mais, j'ai bien pensé qu'il en fallait un de vivant pour récolter des informations ! » « Vous pensez à tout Génèral De Tuni ! Vous êtes comme votre noble père ! Lequel des deux est-ce ? »Le Roi, avait totalement oublié Pertoz. L'embarras du général commençait à poindre. « Et bien Je ne sais plus, dans la précipitation du combat. Oui je n'ai pas utilisé mon épée, comme vous voyez il n'y a pas de sang ! » Il jeta un regard interrogateur au paladin. « C'est celui-ci mon Roi »Prononça Pertoz d'un ton monocorde, en pointant le doigt vers le corps. « Ah . Très bien. Il est blessé Vous ! Conduisez le dans les appartements du médecin. » Orgulas, continua à s'entretenir avec le général. Pertoz fut conduit par un homme qui lui chuchota qu'il avait vu toute la scène. Mais, cela il ne l'entendait guère. Au fond de lui, résonnait l'injustice, la colère. Il voulait se venger.
Cette vengeance était toujours là. Comme une plaie à vif qui ne fait que suppurer. Elle ne pourrait se refermer lorsqu'il aurait accompli ce qu'il désirait tant. Durant la journée, il avait réussi à dérober une bouteille d'eau de vie. Il la tenait fermement dans sa main. Il n'en pouvait plus, cette odeur, ces ronflements l'étouffaient. Tout comme la haine qui s'était installée dans son âme. Le feu crépitait. Il aimait se laisser hypnotiser par cette danse brûlante. Cette nuit sera pour lui, un feu de joie... »
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-Flora ! Flora ! Laisse Dame Kira tranquille !! Interpella une voix maternelle.
La fillette et l'elfe se retournèrent. Elles virent le visage embarrassé d'une mère. -Ce n'est rien madame. Nous parlions toutes les deux. Vous avez une fille charmante. Elle peut venir me voir quand elle le veut. Dit Kira en souriant. Flora vola un baiser sur la joue de la princesse, et sauta de ses genoux. Heureuse d'avoir passé du temps avec l'elfe, elle lui dit enthousiaste. -Je reviendrai vous voir dans vos jardins, vous me raconterez la suite. Au revoir !!! Kira lui fit un signe da la main, et regarda son compagnon d'arme l'orc, Dante.
Les pollens virevoltaient joyeusement dans les jardins de l'elfe. Cette neige printanière éblouissait la petite humaine qui était perdue dans son monde imaginaire d'enfant. La fillette ne cessait de s'extasier devant la plus petite forme de vie. Depuis qu'elle avait noué un lien d'amitié avec Kira, Flora aimait flâner dans ses quartiers, espérant la croiser durant un de ses temps libres. Elle répétait inlassablement la dernière leçon d'elfique que la princesse dOlya lui avait donné. Elle voulait être une excellente élève aux yeux de celle-ci, car au fond d'elle germait un rêve. Flora voulait avoir la chance de devenir une guerrière quand elle serait adulte. Elle espérait que l'elfe lui donnerait la chance de la former à l'art du combat et de la guerre. Elle traversait les jardins en combattant des ennemis imaginaires. Elle frappait l'air avec ses deux épées de bois. Après maintes aventures fictives, essoufflée, elle se laissa tomber dans l'herbe qui lui caressa alors légèrement les tempes. Elle repassa de nouveau ses cours à voix haute, « Je suis : Amin naa, tu es : Lle naa, il, elle est :Ro, Re n » Elle fut interrompue par de drôles de sons gutturaux brisant le chant mélodieux de la nature. Elle se trouvait non loin du lac, elle saisit ses deux petites épées et s'avança vers l'étendue d'eau. « Han ! »Laissa-t-elle échapper, surprise par le spectacle qu'elle avait sous les yeux. La massive forme se retourna et dévoila par un sourire quelques dents pointues d'orc. « Mais c'est la petite abeille !! Cela te surprends de voir un orc dans l'eau ? » Dit-il en sortant du lac et en avançant vers elle. Flora sentit ses membres se tétaniser par la peur. Elle s'imagina ce que Kira aurait fait en de pareilles circonstances. Elle prit alors son courage à deux mains, symbolisé par ses deux petites armes. « Ma maman me dit que si je ne dors pas, vous viendrez me manger !! Mais, vous ne me faites pas peur ! »S'efforça-t-elle de prononcer en zozotant avec une attitude la plus menaçante possible. Elle avait pris une pose improvisée d'attaque, en mettant en avant ses deux épées courtes. La scène provoqua un rire énorme chez l'orc qui continua malgré tout à s'avancer dans sa direction. « C'est toi, la petite protégée à Kira ? Cela ne m'étonne pas, tu as la même assurance excessive qu'elle, et le même caractère impétueux ! » L'orc, Dante, prit un regard furieux, et poursuivit, il ne se trouvait plus qu'à quelques mètres de la fillette « Elle ne t'a jamais raconté que je l'ai battu au combat !! » « Tu mens ! » Elle avala sa salive et serra ses petits poings sur les gardes de ses armes, et lança à tout vitesse « J'ai pas le temps de me battre ! ». Elle partit aussi rapidement qu'elle avait prononcé ses mots. L'orc la regarda s'éloigner en courant un sourire aux lèvres.
Flora avait pris ses jambes à son cou, elle s'arrêta, haletant l'air qui lui manquait après sa course à toutes enjambées. Elle s'était réfugiée dans un endroit très reculé des jardins, où l'enceinte de la cité formait un imposant obstacle à la continuité de sa fuite. Elle se courba, et posa ses mains sur ses genoux, tout en vérifiant autour d'elle si l'orc ne l'avait pas suivi. Elle ne s'était jamais aventurée aussi profondément dans les bois de la cité. La végétation y était feuillue et sauvage. Elle se redressa et entreprit d'explorer ces territoires inconnus. Elle avança et frappa de sa petite bottine un caillou qui se trouvait sur son passage, en repensant à sa rencontre avec l'orc. Elle marmonnait quelques mots de colère quand elle vit Kira sortir de nulle part. Elle accoura vers elle : « Dame Kira ! Bonjour !! Vous savez qui j'ai vu et dans l'eau en plus !? » « Bonjour Flora !! »Kira se demandait si la fillette avait vu le passage qu'elle avait emprunté. Elle la poussa par l'épaule vers une autre direction. « Je ne trouve pas, qui est-ce ? » lui répondit-elle d'une voix douce. « J'ai vu Dante qui se baignait bizarrement dans l'eau oui et même que j'ai failli lui proposer un duel et il m'a dit qu'il vous avez battu... » La fillette ne regardait plus où elle posait ses pas, tout en avançant, elle fixait le visage de l'elfe de ses grands yeux noisettes. Kira laissa échapper un rire cristallin « Oui, c'est vrai au corps à corps, il y a bien longtemps, je te le raconterai... »Elle lui fit un clin d'il, « Mais il ne t'a pas dit que mon armée a réussi à le vaincre ?! » « Oooohh , c'est vrai !! » Flora sautillait, rassurée par le fait que l'orc ne lui avait apprit que la moitié de la vérité. « Mais avant d'en arriver là, je dois te conter la suite de sa fuite quand il était encore paladin il avait pris un bain aussi mais un peu spécial dans les douves » Flora attrapa la main de la princesse dOlya et écouta la suite de l'histoire. Les deux silhouettes déambulèrent ainsi à travers la pluie de pollen et les rideaux de lumière que les rayons de soleil dessinaient à travers les ramures des arbres.
« Le paladin Petroz ressentait le froid engourdir ses membres, l'eau était glacée et lui mordait impitoyablement la chair. Ses sens ne reconnaissaient plus le haut du bas, il était perdu dans un élément auquel il n'appartenait pas. La crampe qui s'était installée à son mollet le tétanisait de douleur. Il entendait les vibrations de la herse remonter et les aboiements des chiens excités. Sa hanche heurta le fond vaseux des douves, il se redressa et donna une violente impulsion avec le plat du pied. Il remonta à la surface et absorba l'air comme un nouveau né. Il voyait la lueur des torches des gardes près de la porte monumentale former un halo lumineux qui était le signe de sa pendaison prochaine s'il restait prés de celle-ci. Il devait se dépêcher, mais sortir de l'eau à cette rive était trop risqué .Malgré les engourdissements que lui procurait l'élément liquide, il entreprit de rejoindre la terre ferme beaucoup plus loin. Il resta collé à l'immense enceinte qui l'écrasait fièrement de toute sa hauteur. Ce signe ostentatoire de la puissance du Roi Orgulas l'écurait. Cette muraille était bien trop conséquente, sa construction avait ponctionné impitoyablement les ressources de la plèbe. Petroz glissait dans cette surface obscure telle une araignée d'eau. Il était arrivé dans une partie où plus loin, se dessinait à travers le brouillard, la masse sombre d'un bois. Son instinct le guida le plus vite possible vers la rive. Il se traîna sur la terre boueuse, le souffle coupé par l'effort et le froid. Les hommes hurlaient des ordres, les voix se rapprochaient, le groupe des gardes s'était divisé. Le paladin se retourna et vit à travers l'épaisse brume la danse des flammes tanguer par la course de leur porteur. Il se précipita vers la sylve salvatrice. La blessure de son flanc, provoqué par la lutte de la veille se réveilla avec l'intensité de l'effort. Il devait faire outre de toutes ses souffrances physiques s'il voulait survivre. Le temps maussade qu'il maudissait bien des fois, était ce soir là, en sa faveur. Les nappes de brumes recouvrirent sa silhouette, le masquant de la vision de ses chasseurs. Mais les chiens quant à eux ne trouvèrent aucune difficulté à poursuivre sa trace, malgré le détour par les douves. « Par là !! Dans les bois !! »Hurla une voix.
Le paladin ne voyait rien, le peu de luminosité nocturne était ici masquée par l'épaisse voûte de feuillage. Il courait à travers bois, dans le plus total des hasards voulant échapper à sa destinée de futur mort si les gardes mettaient la main sur lui. Les sons furieux des canidés se faisaient de plus en plus proches. Petroz ne voulait point être le renard qu'ils avaient l'habitude de déchiqueter de leurs crocs lors des sorties mondaines. Après le froid qui avait fait trembler nerveusement sa mâchoire, le paladin ressentit une douce chaleur accompagnée d'une douleur aiguë au niveau de son ventre. Sa plaie saignait et s'ouvrait un peu plus, le médecin lui avait ordonné de ne faire que des gestes réduits. Une once de doute pointa en lui, il ne voyait pas comment il pourrait s'en sortir, l'animal blessé qu'il était ne tarderait pas à se faire prendre. C'est alors que son pied s'entrava dans une racine, il culbuta sur lui-même à plusieurs reprises, il étouffa un léger cri de douleur. Il avait dévalé une pente et se retrouvait une nouvelle fois plongé dans une eau, cette fois-ci marécageuse. L'odeur typique d'humus en décomposition lui piquait les narines. Il pouvait néanmoins distinguer à force d'efforts et de tâtonnements une cavité, et plusieurs branches d'arbres et autres détritus végétaux recouvrir de temps à autre cette surface visqueuse. Il pouvait poser ses pieds à terre et garder la tête à la surface, il devait faire vite. Il s'aida de ses bras dans sa progression, il se retourna et vit les torches qui surplombait la pente de laquelle il avait chuté. Il ne savait plus que faire, ils étaient là, tout prés. Ce n'était plus qu'une histoire de quelques minutes avant qu'ils mettent la main sur lui. Il sortit de l'étang, enleva sa chemise de lin tachée de son sang, et couru quelques mètres pour la jeter au hasard. A toute vitesse, il rebroussa chemin, et plongea à cur perdu dans l'eau marécageuse. Il attrapa avec lui quelques branches attaquées par l'humidité et lutta contre l'eau qui ralentissait ses mouvements en direction de la petite cavité. Il s'y glissa, seuls ses yeux restèrent en dehors l'eau, il mit devant lui, le tas de branches qu'il avait récolté. « Là..c'est bien..bon chien »Dit une voix qui approchait sa torche du sol. Le groupe d'une dizaine d'hommes regardait le vêtement de Petroz. « Il est blessé ça ne va pas être difficile »ria une silhouette.
Le paladin retenait son souffle tant qu'il pouvait, penchant de temps à autre la tête en arrière pour gonfler ses poumons d'air. Il ne faisait aucun bruit, il entendait les pulsations de son cur résonner à l'intérieur de son être. Ils étaient maintenant trop prés de lui, ils scrutaient avec leur torche la surface marécageuse. Les chiens ne faisaient que ce même trajet, la chemise, le marécage, al chemise, le marécage. « Il est forcément là ! »S'énerva un homme. Le corps de Petroz frissonnait surtout de terreur, en oubliant le froid qui pénétrait jusqu'à sa moelle. Il ne voulait pas échouer de la sorte. Un chien sauta à l'eau. Le paladin fixait cette bête qui allait le découvrir. Dans un ultime sursaut, il plongea entièrement sa tête sous l'eau. Il ne voyait rien, tout était noir comme le néant de la mort qui se rapprochait de lui. Une éternité s'écoula quand une lueur de vie se fit entendre. Des mots brusques sortirent de nulle part, ordonna au chien de revenir. Par sécurité, le paladin retint son souffle encore quelques secondes à s'en rompre les poumons. Quand il revint à la réalité terrestre, ils étaient partis, les voix s'éloignaient. Les gardes l'avaient sûrement pensés mort. Epuisé, il se traîna jusqu'au bord. Il resta ainsi le dos contre la boue à fixer l'obscurité, tentant de reprendre son souffle tant bien que mal. Quand il se redressa, sa blessure lui tira une plainte. Son bandage était trempé, mais l'avoir était déjà une bonne chose. Il ne fallait pas qu'il reste ainsi au même endroit, il puisa dans ses dernières forces pour continuer sa route. Chancelant, il avançait à tâtons. Les bruits des bêtes sauvages s'approchaient pour voir qui était cet étrange animal venant ainsi troubler leur tranquillité. Il se croyait hors de tout danger quand le sol se déroba sous ses pieds. Son corps se répercuta comme une vulgaire pierre contre des parois tantôt rocheuses tantôt remplis de racines. Le contact avec le sol fut aussi brutal, mais il lui paraissait beaucoup plus doux que les coups qu'il venait de ressentir contre sa chair. Son esprit s'enfonça des les méandres de l'inconscience, quand il reprit connaissance, tout était toujours aussi noir. Il entendait seulement l'écho de quelques gouttes s'écraser contre une surface dure. Il voulu se relever mais son corps resta clouer contre une terre sablonneuse. C'est alors qu'il perçu des bruits de pas feutrés. Il chercha du regard, tenta de fuir n'importe quoi, mais il ne parvenait à rien. Il ressentit un souffle glacial l'envelopper, s'immiscer dans ses pensées. Il vit ensuite deux points lumineux de couleur rouge apparaître à quelques mètres de lui »
Kira et Flora étaient arrivées à la lisière des jardins. Le soleil était au zénith. -Je vais te laisser Flora, il y quelques affaires qui m'attendent. Et ta maman doit s'inquiéter quand elle ne voit pas sa petite fille à l'heure du repas ! -Oh ce n'est pas grave ! Je peux venir avec vous ? C'est quoi vos affaires ? demanda-t-elle malicieuse. La princesse dOlya ria de la curiosité de l'enfant -Ce n'est rien de passionnant je t'assure ! Un peu de diplomatie avec de vieux rabats joie ! On se verra plus tard, et n'oublies pas de repasser tes leçons d'elfique. Et, je pourrais te donner aussi quelques cours d'escrime, comme ça Dante aura une redoutable adversaire en face de lui!
De joie, Flora tourna sur elle-même. Elle se fit donc à l'idée qu'elle devait interrompre ce moment, elle se mit sur la pointe des pieds pour décrocher un baiser sur la joue à l'elfe qui se penchait pour lui faciliter la tache. Puis, avec son énergie infantile, elle courut vers sa maison avec pleins d'histoires à raconter à ses parents.