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Quand souffle Morrigane...

Ajouté le 3/9/2011

 L'eau s'écoule tranquillement dans le sanctuaire de Morrigane. Sa mélodie est à peine troublée par le vent chahutant le flot continu que recrache la gargouille de sa gueule découvrant des crocs agressifs. La nymphe qui tient la vasque recueillant le précieux liquide servant aux ablutions des fidèles, ne semble pas effarouchée par son compagnon. Elle regarde simplement l'autel en granit dressé sur deux pierres taillées de façon ovale dans le plus simple appareil. Peut-être est-ce les multiples fleurs qu'elle regarde ou alors, les fruits, ou bien ces armes déposées dans l'espoir de demander la furie de Morrigane pour une guerre. Dans ce temple, la Mort et la Vie se mélangent dans les fertiles croyances du peuple, grâce à eux, elle vit, et se renforcent.

Des pas légers se rapprochent, le bruissement de multiples jupons témoigne de son appartenance au sexe faible. Cette femme hésite, ses bras sont chargés de présents pour celle qui représente la souveraineté de la mort ou bien la fertilité. Son regard fuyant regarde les alentours déserts de la plaine avant de s'enfoncer dans le cercle dressé par de gigantesques pierres plantées dans le sol. Sa tenue noire est discrète, mais révèle cependant la valeur de son statut social. Morrigane se lasse de ces femmes qui viennent lui réclamer un héritier, ou le retour de leur mari infidèle ayant un goût prononcé pour les multiples culbutes. Si elles savaient s'y prendre pour attiser la passion et les plaisirs de la chair, elle n'aurait pas à venir mouiller de leurs larmes le sol de sa demeure. Elle préfère de loin leur donner le ventre rond, car elle sait que l'être qui naîtra sera son servant jusqu'à la fin de ses jours. La Souveraine de la Mort sera là aussi pour le recueillir à son dernier souffle qui signera la fin de sa bonté et de ce pacte subtil peut-être passé avec l'avatar féminin du diable pour certains ou d'ange gardien pour d'autres.

Elle soupire et le vent prend un peu de vitesse. Aujourd'hui, elle ne pense pas donner ses faveurs, le soleil éclatant se voile peu à peu d'un drap vaporeux. La croyante observe un moment la gargouille la dévisageant avec fureur, elle dépose finalement ses dons et recueille l'eau de la vasque pour se frotter le visage et s'y laver les mains. Puis, elle en boit une gorgée afin de purifier son intérieur et le dévoiler totalement à Morrigane. Cette dernière se lève de son lit de repos et se penche un peu plus sur le cas de cette femme aux gestes précis, un rayon de soleil réchauffe son visage trempé. La fidèle se dirige maintenant vers l'autel, puis sort de sa panière un brûle-parfum en cuivre dans lequel des braises se consument calmement. Elle y jette une poignée de cheveux déballée d'un mouchoir de soie noire. Ne craignant point le ridicule, la femme d'un seigneur croasse devant la nymphe qui la regarde avec compassion.

La tentation est forte de voir de plus près la demande de cette donzelle qui l'appelle. Morrigane se dit finalement qu'une sortie en chair ne lui ferait pas de mal. Elle prend la forme qu'elle affectionne le plus et se pose non loin d'elle en l'observant avec attention.

La paume ensanglantée laisse le filet de sang rejoindre les braises qui grignotent les cheveux maintenant mêlés au sang. La voix de la femme s'élève alors qu'elle prie Morrigane dans un simple chuchotement où l'émotion est palpable « Grande Reine des Tuatha Dé Danann, écoute ma complainte pour sauver ton peuple de l'invasion des Barbares ayant oublié ton nom ! En cette lune noire, la guerre sera menée contre les envahisseurs souillant nos terres ! Inspire la folie et la peur dans leur rang en bénissant tes guerriers qui se battent pour que ta légende vive. De mon sang et de mon essence, je serais ta servante et mes héritiers seront tiens. Puisse ta clémence exaucer ma prière. »

Le tonnerre roule sur la plaine à la manière de milliers de tambours hantant les airs de leurs percussions martiales. Sur la fontaine, les serres du corbeau quitte le granit du porche d'entrée et frôle la tête de la femme qui rejoint ses mains sur son coeur en voyant le signe de Morrigane, sa prière a été entendue et maintenant sa vie, ses enfants doivent lui appartenir. L'oiseau de mauvais augure s'enfonce dans l'éther afin de régner sur cette lune qui sera rousse.

Les souffles forment une nappe vaporeuse au-dessus des têtes des hommes aux yeux rivés vers les troupes ennemies. La nuit est froide, étrange pour cette période de l'année qui se veut douce. Les doigts s'engourdissent rapidement sous les gantelets de fer. Il ne faut pas faiblir, sa vie est en jeu, il va falloir se battre jusqu'au dernier souffle. Pourtant, la peur s'immisce pernicieusement quand les cris des barbares redoublent de fureur. Leur nombre dépasse largement la leur et la promesse qu'ils offrent à bout de bras avec leur hache et leurs fléaux ne parait que trop vraie. Mais le Général ne faiblit pas sous le coup des émotions en proie au doute. Il hurle sa volonté guerrière à ses hommes qui serrent les mâchoires en fixant leur mort certaine avec froideur. Pourtant, leur estomac n'a jamais été aussi serré, peut-être est-ce là que se niche l'instinct de survie...

Le givre s'installe sur l'herbe recroquevillée, Morrigane marche vers son peuple. Son épée à la lame ondulée semble prendre le rythme de sa démarche chaloupée. Une cape de fourrure sombre couvre en partie ses épaules laiteuses, son vêtement lui sert plus d'apparat que pour la protéger du froid qui n'est d'autre qu'elle. Un collier formé d'une guirlande de petits crânes en argent orne la courbe de sa gorge découverte, son armure ne fait que mettre ses courbes en valeur. Elle est immortelle à quoi lui servait le barda des mortels ? Un brouillard suit son sillon parfumé alors qu'elle marche sur une ligne imaginaire séparant les deux armées. Les Barbares regardent cette femme isolée qui ne craint pas pour sa vie. Leurs rires gras expriment leurs pensées toutes masculines, Morrigane sourit en les percevant, car déjà, elle s'est immiscée dans leurs têtes et connaît leurs peurs les plus profondes. Sa colère sera dévastatrice ! La gaillardise s'estompe rapidement quand ils comprennent que c'est une diablesse qui hante la plaine. La sorcellerie ne pourrait pas expliquer le rideau de brume qu'elle a tiré devant eux. Ainsi, les légendes et les croyances des terres qu'ils veulent conquérir sont bien vivaces et terriblement réelles...

Les armes retombent piteusement le long de leurs jambes qui ressemblent à du coton, la déglutition est difficile, même le chef de la tribu a perdu de son assurance. Le brouillard commence à leur lécher les jambes, il s'enroule tels des boas pour les étouffer dans leurs angoisses. Un silence pesant les baigne dans leur frayeur qui déferle en vague. Morrigane savoure ce moment, de son souffle mutin, elle va caresser le cou de chacun de ces guerriers. Ils frissonnent sous cette brise étrange qui les glace jusqu'à l'échine et les paralyse. Leurs yeux révulsés cherchent dans la brume qui les entoure celle qui a osé leur chuchoter à l'oreille, celle qui a dit que leurs âmes seraient siennes. Les prises se resserrent si fort autour des armes que les doigts blanchissent. Morrigane choisit ce moment pour se faire artiste et dessiner dans la vapeur la terreur qui va les entretuer.

Les hurlements résonnent tout comme les armes qui s'entrechoquent de l'autre côté du rideau de brume. La confusion s'installe dans les rangs du Général dont la femme est venue prier Morrigane. Il ne voit plus cette apparition qui a noyé leurs adversaires dans des vapeurs angoissantes. Il lève les yeux vers la lune voilée pour demander la clémence des cieux. Quand il les repose sur l'horizon, Morrigane fait face aux guerriers, elle tient les rênes d'un étalon aussi noir que son apparence ombrageuse. Elle insuffle sa furie dans chacun des esprits en portant au vent un baiser déposé sur sa main. Un appel résonne dans chacun d'entre eux qui suffisent à les faire charger à sa suite quand elle donne un signal pourtant silencieux.
« Par delà les brumes, pour que vivent les légendes ! »

On raconte que la centaine de guerriers a réussi à terrasser les cinq cents hommes des Contrées du Nord. Le Chef Barbare a été épargné pour qu'il raconte à son peuple, qu'une femme a inspiré les guerriers en apportant la terreur chez ses hommes, et que son nom serait Morrigane. On dit aussi qu'elle a disparu mystérieusement après avoir franchi le brouillard qui s'est subitement levé dévoilant les barbares qui s'entretuaient. La défaite a été cuisante, et la mort a vite régné sur la plaine désolée. Plusieurs témoins racontent qu'un corbeau s'est posé sur l'épaule du Général quand il contemplait sa victoire, et qu'après plusieurs minutes l'oiseau s'est envolé vers la lune qui ce soir-là, était rousse.

On raconte aussi que la furie cherche maintenant à inspirer le souffle des Guerriers de la Reine Myrine pour que leur étendard flotte fièrement dans les airs pacifiés...Mais ce n'est que rumeur, car personne ne sait où elle se trouve, et pourtant sa présence ne fait aucun doute.


Morrigane

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Un conte pour la nouvelle année

Ajouté le 5/1/2007

 

 

 

Un jour, un apprenti peintre fut confronté à un problème ardu. En effet, il désirait acquérir une technique récente sans pour autant abandonner celle qu'il pratiquait jusqu'alors. La difficulté résidait dans le fait que, étant toutes les deux fort différentes, il lui fallait absolument se défaire de l'ancienne ou oublier la nouvelle.
Ne pouvant opérer, seul, un choix aussi délicat, il alla trouver son maître pour lui demander conseil. Ce dernier, pour toute réponse, lui enjoignit de le suivre.

Les deux hommes marchèrent longtemps en silence l'un à côté de l'autre et traversèrent plaine et village pour se retrouver finalement au sommet d'une colline. C'était l'heure du crépuscule et l'horizon s'était enflammé. Le maître demanda à son élève :
-Que vois-tu ?

Le jeune garçon fièrement répondit :
-Je vois l'éclat de l'or et le rougeoiement du feu. Je vois des flammèches orangées et des lueurs grenat. Là, une touche de vermillon mêlée de pourpre et là quelque pointes incandescentes d'un jaune lumineux. Plus loin, un lavis noir bleuté, annonciateur d'une nuit sans lune. 



Satisfait de lui-même, le disciple attendit avec assurance le verdict de son instructeur mais gravement celui-ci déclara :
-Là, où tu vois une incomparable palette de couleurs, moi je n'ai vu qu'un soleil couchant. Tu as jugé comme un peintre et quand tu verras avec les yeux d'un homme, alors tu connaîtras la voie. Cherche le chemin qui conduit à la Vérité pure et simple, sans fioriture.

L'apprenti partit donc sur les routes de son chemin initiatique, à la recherche de la Vérité. Il avait ainsi arpenté bien des chemins pour pouvoir la trouver mais, pour l'heure, sa quête n'avait point eu encore d'issue.
Les passants qu'il rencontrait ne le regardaient qu'avec indifférence ou amusement et quand il leur demandait où se cachait la vérité, ils se détournaient en haussant les épaules ou levaient les yeux vers le ciel.

Pourtant un jour sa route croisa celle d'un vieillard qui ne songeait ni à la mépriser ni à s'amuser de lui. Au contraire, il lui indiqua une voie :
-dans la forêt, vit l'animal le plus sage de toute la création et lui connaîtra certainement la réponse.

Le voyageur se retrouva bientôt dans une clairière et là, tomba sur un vieil hibou qui le regarda d'un oeil bienveillant. A n'en pas douter, il allait lui apporter la révélation. L'homme s'adressa à lui avec respect mais voilà ce qui lui fut répondu :
-Mon ami, comme j'aimerai pouvoir vous aider ! Mais je n'ai de la vie qu'une vision imparfaite, ne connaissant que la frondaison des arbres et la nuit étoilée. Allez à la rivière : elle, elle traverse le vaste monde et aura certainement rencontré cette Vérité qui vous tient tant à coeur.

Dans la vallée, régnait un grand calme seulement troublé par le murmure de l'eau. Le peintre se réjouit car il sentait qu'enfin il approchait de son but. Mais grande fut sa déception quand la rivière lui rétorqua :
-Ne voyez vous point que je suis prisonnière du lit où je coule ? Toujours je vais vers le fleuve sans pouvoir une seule fois me détourner ou revenir à la source. Le vent, lui, se joue bien de toutes les contraintes et connaît sans aucun doute celle que vous recherchez avec tant d'espoir.

L'homme commençait à ressentir les effets de la lassitude mais son regard fut attiré par les fougères doucement bercées par une brise légère. Sans attendre, il s'adressa au vent, mais celui-ci répliqua :
-Qui détient la Vérité sinon le plus puissant ? Je peux être zéphyr ou ouragan mais puis-je pour autant abattre une montagne ? Elle seule est au fait des grands mystères de ce monde. Allez la voir, elle ne se refusera pas.

Au vu des versants escarpés, des précipices, le voyageur fut près d'abandonner, mais pourtant ne renonça point. Heureusement, car la montagne l'attendait et avec commisération, lui répondit :
-On me croit forte et pourtant je ne suis que faiblesse. Qui suis-je par rapport au nuage qui peut d'un seul mouvement embrassez le ciel ou abreuver la terre ? C'est lui notre maître et il est le seul à détenir la Vérité

Au sommet, une brume épaisse masquait l'horizon et le disciple se sentit las et découragé. Ce qu'il entendit ne lui redonna pas courage :
-Mon pauvre ami, vous vous fourvoyer. La Vérité est encore plus inaccessible que vous ne le supposez. Elle se tient dans des hauteurs que votre esprit ne peut même pas entrevoir. Pourtant ; si vous redevenez comme un enfant, si vous fermez les yeux et que vous ouvrez les mains, alors vous recevrez.

L'apprenti qui s'était transformé depuis son voyage peu à peu en homme, s'exécuta, ravi, mais quand au bout d'un certain temps, il regarda ses paumes, rien n'avait changé et elles étaient cruellement vides. Le malheureux n'eut pas l'occasion d'exprimer sa colère car le nuage poursuivit :
-la Vérité se tient au fond du coeur de l'homme et le seul chemin pour y accéder c'est celui de la main. N'est-ce point l'outil de l'artiste, de l'homme ? Alors, mettez vous à l'ouvrage et construisez votre propre réalité sans prétention et avec patience. Elle seule vous donnera la connaissance suprême et tant recherchée.

 

 

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L'histoire d'une vie: partie 1

Ajouté le 24/9/2006

 

 

 

Les rires s'élevaient dans la cité du Clan. De joyeuses notes de musique s'égrenaient. Kira profitait de ce temps de réjouissance. Elle avait cédée son armure pour une tenue plus féminine. Elle regardait les habitants de la cité fêter la victoire de ses seigneurs. Elle sentit quelqu'un lui tirer sa robe. Surprise, elle regarda qui en était la cause. Elle vit une petite fille, avec de grands yeux noisette. Elle était coiffée comme Kira pour cette occasion. Elle avait de fines tresses qui partaient des tempes pour se réunir à l'arrière. Le reste des cheveux étaient détachés. Elle se tordait les doigts en fixant la princesse de Olya.
« Bonjour ! » dit Kira avec un air attendri
La fillette lui fit alors un large sourire qui dévoila quelques dents de lait qui avaient disparu. Elle semblait avoir perdu tous signes de timidité.
« Bonjour Dame Kira ! Je m'appelle Flora, je veux être comme vous ! Vous êtes si belle… Mon papa, il m'a fait deux épées de bois comme vous ! Et c'est ma maman qui m'a fait la coiffure comme vous !! Mais je n'ai pas de médaillon…Maman m'a dit que j'en aurai un pour mon anniversaire !» Sa voix cristalline voilée d'un petit zozotement enchaînait les phrases.
Kira profita de la reprise du souffle de la petite fille pour parler. Elle lui tendit une chaise et une part de gâteau.
« Tu va être une féroce guerrière ! Je pourrais t'entraîner si tu veux » Lui dit-elle en prenant un air sérieux.
Un cri guttural accompagné d'un bruit de verre cassé fit sursauter la fillette. Ayant vu la réaction de la fillette, Kira ne put s'empêcher de rire.
« Ne fait pas attention à lui, Dante est très bruyant ! Il faudra que tu contrôles ta peur »
« Ma mère me dit que si je ne m'endors pas, Dante viendra me manger !! »Flora se leva, et s'installa sur les genoux de l'elfe. « C'est vrai ? »
« Non, il n'aime pas les petites filles. »Rassura Kira en replaçant les cheveux de la fillette.
« C'est vrai ! Vous pouvez me raconter son histoire ? »Zozota-t-elle.
« C'est une longue histoire. Tu sais il n'a pas toujours eu cette apparence. »
« Racontez moi Dame Kira »supplia-t-elle tout en jouant avec le médaillon de la princesse.

L'après midi était radieuse, le soleil participait à la joie de cette journée. Les rondes se formaient au rythme des violons. Mais, la fillette et Kira ne prêtaient plus attention à tout ce tintamarre. Elles étaient hors du temps, ou plutôt, il y a bien des lunes en arrière. C'est ainsi que la princesse d’Olya fit voyager Flora dans le passé. 


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« Dans des plaines brumeuses, à la végétation verdoyante se trouvait un royaume. Il appartenait à un puissant seigneur qui était réputé pour toutes ses victorieuses conquêtes. Il se nommait Orgulas. Il avait plus de mille hommes réunis autour de lui, prêts à le servir, à se battre pour lui, et à goûter l'amer breuvage de la mort. Le soleil ne venait que très rarement en ces terres reculées. Quand le brouillard était trop épais, une multitude de torches perçaient les nuages venus côtoyer la terre. Le squelette de l'imposante forteresse se dessinait ainsi, indiquant une direction pour les rôdeurs. Ce n'était pas un manque de stratégie de la part du Roi Orgulas. La paix régnait chez lui, le peuple vivait paisiblement. Les batailles se déroulaient dans des contrées fortes éloignées. Les temps obscurs de ces plaines étaient contés aux enfants qui se rendaient dans le monde des rêves, en s'imaginant être un fier chevalier. Ce désir de pouvoir était présent chez un homme qui avait déjà les mains usées par le combat.
C'était un paladin du nom de Pertoz. Il ne supportait pas d'être mêlé avec ses frères d'armes. Il voulait de la reconnaissance, il voulait voir des hommes ployer les genoux à son arrivée. Au lieu, de ça, il servait corps et âme son Roi. Il ne dirigeait aucune troupe. Il n'était pas issu d'une famille noble. Il n'eut pas le privilège d'apprendre l'art de la guerre. Les chefs des bataillons étaient bien polis dans leur cuirasse clinquante. Mais, ces dernières n'étaient que très rarement tachées de sang. Ce paladin ne le supportait pas. Au fond de son cœur naissait peu à peu une véritable haine pour ces généraux, qui testaient sur les hommes les derniers cours de leur précepteur.
Pertoz connaissait la stratégie. Il était au cœur des combats. Il connaissait le choc de deux armées lancées à toute allure, les lances pointées vers l'avant. Il avait vu ces compagnons agonisés sous les coups meurtriers. Il été révoltés de voir le roi Orgulas et ces seigneurs qui étaient fiers de raconter leurs exploits fictifs. Leurs épées leurs servaient d'apparat, les lames n'avaient aucune éraflures témoignant d'un combat.

La nuit était tombée encore rapidement sur les plaines de Zörh. Mais après tout, cela ne faisait point de différence avec le temps maussade, caractéristique de cette région. Encore une journée était passée, dans la monotonie la plus totale. Les ordres avaient été hurlés, les gestes d'entraînement répétés infiniment. Les généraux avaient défilé fièrement. Comme toutes les nuits, Pertoz était allongé sur sa planche de bois recouverte de paille, sa couverture en laine rêche rejetée sur le côté. Il fixait le plafond couvert de torchis. Il détestait cet endroit, où les odeurs humaines se mélangent sans distinction. Les paladins étaient relayés dans des dépendances humides du château. Il y avait deux foyers qui permettaient de passer les nuits les plus froides. Mais, ils étaient tous entreposés là, attendant un hypothétique départ. Il maudissait le roi Orgulas. Il ne voulait qu'une chose le tuer.
Il se souvenait l'humiliation qu'il avait subi la nuit dernière. Son insomnie avait encore fait des siennes. Il était sortit dans la cour extérieure de la forteresse. Les gardes n'étaient plus aussi attentifs en ces temps de paix. Ils engloutissaient de l'eau de vie pour passer la longue attente et parfois pour réchauffer un peu leur corps engourdis par le froid. Pertoz vit deux silhouettes encapuchonnées de capes noires. Elles se faufilaient telles des spectres le long des murs de pierre. Avant de disparaître derrière un gros talus de bois de chauffage. Il alla dans leur direction. Quand il fut à quelques mètres du tas de bois, il entendit des chuchotements. Ceci était de plus en plus étrange. Il franchit l'amoncellement, et se posta devant eux. Il vit deux hommes qui avaient quitté leurs capes, pour des vêtements plus légers. Ils étaient armés.
Ces derniers se précipitèrent sur lui à tout vitesse. Mais au même moment, le paladin saisit une bûche de bois, et évita les assaillants.
-Gardes !! Hurla-t-il tout en essayant de porter un coup aux intrus.

L'un de deux hommes réussit à lui planter son poignard dans le flanc. Dans un élan de survie, Pertoz, asséna un violent coup sur la tête d'un homme. Celui-ci s'écroula inconscient dans le reste des bûches. Il sentait son sang se répandre peu à peu sur sa tunique et ses braies qui lui collaient à la peau. Il jeta son morceau de bois. Il entendit le bruit métallique des cuirasses des gardes se rapprocher. L'espion fixait Pertoz, il devait s'échapper. Il fonça une nouvelle fois sur le paladin, la lame d'une dague en avant. Pertoz le para et lui donna en violent coup de coude dans le sternum. Il profita du souffle coupé de son adversaire pour se poster derrière lui. Il porta ses mains au cou de l'intrus. On entendit juste un craquement d'os, et un corps s'affaler sur de la terre battue.
Les flammes des torches vacillaient. Les gardes étaient là, ainsi qu'un des généraux, prévenu par cet événement rarissime. Celui-ci regarda de haut le tableau final de la fin de la lutte. « Que s'est-il passé ? » demanda-t-il sèchement.
Pertoz se redressa, ne voulant point paraître faible, devant cet homme qu'il maudissait.
« Ce sont deux espions, je les ai intercepté…mon général. »


Le gradé fit claquer ses doigts, un homme parti en courant. Quelques instants plus tard, il était accompagné du roi Orgulas. En voyant, sa seigneurie apparaître, Pertoz sentit une once d'espoir pointer en lui. Il aurait enfin une reconnaissance. Il se démarquerait de ses compagnons d'arme. Qui sait, peut-être même qu'il serait sur un poste avec un peu de responsabilités. Au lieu de ça, il vit le général afficher un sourire radieux, et interpeller le Roi en faisant jouer sa cape soyeuse.
« Mon Roi, je suis navré de vous faire venir à cette heure ! Mais, regardez ce que j'ai attrapé ! Vous vous souvenez de mes craintes, et bien, elles étaient fondées. »Dit-il d'un ton faussement mielleux. Il n'eut pas honte de son mensonge. Il savait que personne n'oserait lui tenir tête.
« Parfait mon ami !! Montrez moi ses prises ! » Ria le roi tout en s'avançant. C'est ainsi qu'il vit le paladin qui sentait inexorablement monter la rage en lui. Il fut surprit de voir un de ses soldats présent et blessé. Son sang dessinait une grosse tache rouge sur ses vêtements usés. « Que fait-il ici ? » Dit Orgulas tout en fixant le paladin.
« Oh….Il a voulu venir me prêter main forte !!Stupide idée, n'est-ce pas ? En braies ! Il n'avait même pas d'arme. Forcément, il s'est fait blessé. Je lui ai sauvé la vie à ce malheureux. Les deux autres n'ont pas eu cette chance. » Ironisa le général un sourire en coin,en regardant Pertoz. Ce dernier serra les poings, il ravala sa salive. Malgré lui des mots sortir de sa bouche.
« Non...il y en a un qui est encore vivant, il a été assommé ! »
Le roi, regarda étrangement l'homme qui se tenait fièrement devant lui en dépit de sa blessure. Il avait aussi remarqué, les gardes qui avaient le regard fuyant, gênés par quelque chose.
« Oui !! » Le général toussota, et s'interposa entre Pertoz et le Roi. « Je voulais dire que les deux autres avaient été neutralisés. Mais, j'ai bien pensé qu'il en fallait un de vivant pour récolter des informations ! »
« Vous pensez à tout Génèral De Tuni ! Vous êtes comme votre noble père ! Lequel des deux est-ce ? »Le Roi, avait totalement oublié Pertoz. L'embarras du général commençait à poindre.
« Et bien…Je ne sais plus, dans la précipitation du combat. Oui… je n'ai pas utilisé mon épée, comme vous voyez il n'y a pas de sang ! » Il jeta un regard interrogateur au paladin.
« C'est celui-ci mon Roi… »Prononça Pertoz d'un ton monocorde, en pointant le doigt vers le corps.
« Ah…. Très bien. Il est blessé… Vous ! Conduisez le dans les appartements du médecin. » Orgulas, continua à s'entretenir avec le général.
Pertoz fut conduit par un homme qui lui chuchota qu'il avait vu toute la scène. Mais, cela il ne l'entendait guère. Au fond de lui, résonnait l'injustice, la colère. Il voulait se venger.

Cette vengeance était toujours là. Comme une plaie à vif qui ne fait que suppurer. Elle ne pourrait se refermer lorsqu'il aurait accompli ce qu'il désirait tant. Durant la journée, il avait réussi à dérober une bouteille d'eau de vie. Il la tenait fermement dans sa main. Il n'en pouvait plus, cette odeur, ces ronflements l'étouffaient. Tout comme la haine qui s'était installée dans son âme. Le feu crépitait. Il aimait se laisser hypnotiser par cette danse brûlante. Cette nuit sera pour lui, un feu de joie... »

                                                

 

 

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-Flora ! Flora ! Laisse Dame Kira tranquille !! Interpella une voix maternelle.

 La fillette et l'elfe se retournèrent. Elles virent le visage embarrassé d'une mère.
-Ce n'est rien madame. Nous parlions toutes les deux. Vous avez une fille charmante. Elle peut venir me voir quand elle le veut. Dit Kira en souriant.
Flora vola un baiser sur la joue de la princesse, et sauta de ses genoux. Heureuse d'avoir passé du temps avec l'elfe, elle lui dit enthousiaste.
-Je reviendrai vous voir dans vos jardins, vous me raconterez la suite. Au revoir !!!
Kira lui fit un signe da la main, et regarda son compagnon d'arme l'orc, Dante.

 

 

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