La soirée est si douce, la chaleur du feu
me rosit les joues et me transporte dans un état d'apaisement. La
morsure du froid est bien lointaine maintenant, j'ai ramené des
petits gibiers à maman pour le dîner. C'est mon père qui m'a
appris à braconner, c'est très utile durant l'hiver, la nourriture
vient à manquer. Mais ce soir, elle a réussi à calmer ma faim.
Les doigts de mon père, gonflés et marqués par le labeur,
tirent une mélodie joyeuse de la flûte qu'il a sculptée il y a
peu. Maman me sourit en faisant sauter bébé sur ses genoux. Ses
cheveux bruns mal attachés laissent retomber quelques mèches
blanchies par les soucis et les privations. Ses traits tirés ont
fini par créer des rides qui à cet instant révèlent sa beauté et
sa fraîcheur de jeune fille qu'elle a été jadis. Ces moments de
bonheur sont si rares qu'ils embaument mon coeur de joie. Je ressens
la chaleur de ma famille tandis que la tempête de neige martèle les
volets. Le feu a perdu de sa vigueur, la voix de ma mère me sort
de la somnolence. La flûte s'est arrêtée, je me frotte les yeux
pour effacer ma vision troublée par le sommeil. Mon cou est
endolori, je me suis endormi contre la pierre de l'âtre. Ma mère
fait de la couture sur mes vieilles frusques. Elle m'a dit que si
nous faisions des économies, elle me donnerait une pièce en cuivre
pour m'acheter une nouvelle chemise que je mettrai pour l'église.
Je serai beau comme un roi ! -Sasha ! Va chercher du bois dehors !
Ton père a les mains pleines de graisse, il va en mettre partout sur
la porte !
Je regarde d'un air renfrogné mon paternel qui
graisse les sangles des chevaux pour éviter qu'elles ne craquèlent
trop rapidement. A travers le faible éclairage de la bougie de suif,
je vois qu'il me renvoie un sourire d'encouragement. Je remonte
machinalement le col pour affronter le froid nocturne, les flocons de
neige m'agressent sitôt la porte ouverte. Le vent glacé me
transperce et secoue ma chemise qui claque comme un fouet sur ma peau
vallonnée de frissons. Je vois les bûches de bois à
semi-recouvertes de neige, plus vite j'y suis et plus vite je serai
de nouveau au chaud. Mes doigts sont tétanisés de froid, j'attrape
une quatrième bûche comme ça ils seront contents. Je les laisse
toutes tomber d'effroi à mes pieds, une main s'est posée sur mon
épaule. Je ne prends pas la peine de me retourner et m'apprête à
les ramasser : -Papa, c'est bien la peine de me dire d'aller
chercher du bois, si tu viens maintenant ! -Je ne souis pâs
vôtrrrre pâpâ ksss
Un
sursaut de peur me fait encore lâcher prise, je me retourne, les
flocons de neige dansent autour d'elle. C'est une femme avec beaucoup
d'allure, qui est chaudement enfermée dans un manteau de fourrure,
elle doit être très riche. Elle me sourit et se penche vers moi, je
reste encore sous l'effet de l'étonnement : -Petit me
laisserrrais-tou rrrentrrer chez toi kss il fait si frroid dehors,
tu ne voudrrais pâs que je meurrs de frroid. Je ramasse
gauchement les rondins de bois, elle me les prend des bras : -Celâ
doit êtrrre lourrd pourr toi kss laisse moi t'aider. C'est
vraiment une très belle femme, son visage respire la gentillesse. Je
cours vite ouvrir la porte, elle me suit en souriant. -Papa !
Maman ! Il y a une très belle dame dehors la voici. Elle s'est
égarée et a froid.
Le visage de mes parents s'est figé dans
un sentiment dinquiétude que je ne comprends pas. Ils la regardent
déposer le bois sur la table, sa venue a brisé la douce torpeur qui
régnait dans la maisonnette. -C'est cômme ça qu'on âccueille
oune comtesse ksss..vôtrre petit â bien grrandit.
Elle
m'ébouriffe les cheveux. Je suis impressionné d'avoir une noble
dame chez nous. Mais, ma mère a reculé près du berceau, et me dit
de venir près d'elle. Ses yeux me supplient de lui obéir. Mon père
est debout les poings fermés, la mâchoire serrée, il n'a encore
rien dit. Ai-je fait une erreur en offrant l'hospitalité à cette
noble dame ? Le sentiment de malaise me gagne, je me balance sur
mes jambes regardant tour à tour cette femme et mes parents. J'ai
envie de pleurer, une boule d'angoisse s'installe dans ma gorge et
mon ventre. Je vais pour courir rejoindre ma mère qui commence à
avoir les yeux humides, mais une main me retient, et m'entraîne en
arrière. Je suis contre la comtesse, elle me caresse la joue, son
contact est froid, mais pas celui qui la refroidit sous la tempête.
Je n'ose pas lever la tête pour la regarder, je reste immobile
fixant mes parents. Ma mère ne peut plus se retenir, elle éclate en
sanglot incontrôlé, et bébé l'accompagne : -Pitié ! Pitié ne
lui faites pas de mal ! Je vous en supplie ! -Vôyons..kss vôus
sâvez trrrés bien que j'en ai aucoune . Vôus savez pourrrquoi je
souis lâ ..kss..
Elle me relâche, je me jette directement
dans les bras de ma mère, elle me sert si fort comme si c'était la
dernière étreinte qu'elle me donnait. Son corps est secoué par les
pleurs qui me gagnent à mon tour. La comtesse s'approche de mon père
qui fait un pas vers elle avec un air de défis. Il lève son poing,
mais je n'en crois pas mes yeux, mais elle se retrouve derrière lui,
je n'ai rien vu. Elle l'enlace, il se laisse faire sans réagir. Son
regard est dans le vague, et il écoute comme hypnotisé. -pourrrquoi
ne m'âvez pâs dônné ce que j'âttendai ? kss vôus sâvez ce qui
ârrive lôrrsque je ne souis pâs sâtisfaite kss ce n'est pâs
sérrrieux , pensez â vôtrrre petite fâmille.. -NON !! Ma mère
hurle, ses jambes ne supportent plus son poids, j'essaye de la
redresser, de la soutenir, mais elle est trop lourde pour moi. Je la
laisse tomber sur les genoux. Je tente d'appeler mon père, mais
nul son ne veut sortir de ma bouche, cette boule d'angoisse qui loge
dans ma gorge emprisonne ma voix. La comtesse s'approche de nous,
elle sourit pourtant rien ne parait inquiétant sur son visage
opalin. Elle regarde le berceau où ma petite soeur s'agite, et la
prend dans ses bras et la secoue pour la calmer comme le fait ma
mère. Maman lève le bras, impuissante, pour empêcher la dame de la
prendre. Elle marche autour de la pièce, elle s'arrête puis lèche
le cou du bébé. Ses lèvres dessinent un sourire sadique, je vois
deux petites canines apparaître qui se dirige vers le cou de ma
soeur. - La vampire des neiges PAPA !
Ces mots sont
sortis malgré moi, ils ont réussi à dévier l'attention de la
comtesse. Elle redonne sans ménagement bébé à ma mère. Et
s'agenouille à mon niveau : -C'est ainsi que les enfants me
nomment kss c'est mignon ksss Je m'âppelle Sniejana..tou sais ce
que ça signifie ? -Oui..oui M'dame , c'est la neige. -bien !
Sa main m'ébouriffe une nouvelle fois ma tignasse.
Elle se
lève et entraîne mon père qui est toujours dans un état second à
l'extérieur. Je veux me ruer sur elle. J'entends mon père hurler.
La fureur me prend, je veux la tuer, ma mère me retient vers ce qui
me conduit vers l'inconscience. J'arrive à me dégager d'elle. Je
suis dehors, je ne vois rien. J'avance à l'aveuglette dans les
ténèbres, je vois des formes sombres, je titube vers elles ne
sachant plus très bien pourquoi je suis là. La comtesse s'avance
vers moi : -Ton pâpâ ne peu plous rrrien pourr toi kss, ce
soirrr je souis bônne je vais vôus laisser lâ vie sauve ksss Je
me tords la tête pour discerner mon père. Je le vois étendu sur la
neige, dont les flocons le recouvrent peu à peu comme un linceul.
Elle mattrape le menton entre ses doigts glacés et me plante son
regard qui me transperce l'âme comme un poignard. -Rregarrde moi
quand je te pârrrle ksss dis â tâ mèrrre que j'âttend ce
qu'elle me doit kss je rrreviendrrai dans trrois jourrs kss..et
je ne serrrai pâs aussi bônne que ce soirr kss...
Je suis
terrifié, mais je n'arrive pas à me dégager de ses yeux jaunes de
chat. Je la vois se transformer en brume, je suis tétanisé, je ne
sens plus le froid qui me brûle la peau. Je suis à genoux prés du
corps de mon père. Les traits de son visage montrent la souffrance
dans lequel il a franchi le trépas. Son corps est mutilé. Le cri de
ma mère derrière moi me sort de mon désespoir. Je tremble de
toutes ses émotions qui me submergent : -Il faut , il faut que
tu lui apportes ce qu'elle désire elle . Elle revient dans trois
jours.
L'hiver
a recouvert de son manteau ouaté et glacé les territoires du
nord-est. Les flocons de neige s'affolent sous les bourrasques qui
aiguisent leurs crocs pour les ténèbres. La sente, aux ondulations
de serpent, se camoufle peu à peu sous l'immensité immaculée qui
masque ainsi aux voyageurs égarés la direction du manoir de la
lune. D'ailleurs, nos pas ne sont guère éclairés par l'astre
nocturne endormi et feutré dans la masse nuageuse. Nous
percevons à force de ténacité, la masse sombre et inquiétante de
la demeure qui se découpe dans ce paysage emprisonné de glace et de
vent. Une lumière falote et étrange attire notre regard vers
l'étage supérieur du manoir des Rotislava. Cette pâle lueur qui
perce l'obscurité nous permet de voir les vols audacieux et lugubres
des protégés de la comtesse au-dessus de l'écrin du royaume de la
nuit. Avançons prudemment et sans un bruit. Si seulement la neige
pouvait cesser de crisser à chaque pas fait. Notre coeur bat si vite
tandis que ces derniers mètres, nous conduisant à la porte du
vestibule, semblent être une éternité. Sur le fronton, un homme
harpie paraît nous fixer avec perversité. Je ne saurai vous dire si
c'est une gargouille ou si la mort l'anime comme ses soeurs qui
continuent leur vol funeste au-dessus de nos têtes. Les portes
obscures de l'apocalypse s'ouvrent devant nous, dans un silence
d'outre-tombe, sur un autre monde . Une voix masculine répond à
celle au timbre féminin. Mais ! Que faites vous, revenez, nous
sommes si proche du but ! Nous n'allons pas rebrousser chemin après
les lieues parcourues, et le portail de l'imaginaire franchi ! Voilà
qui est plus sage, restez près de moi et rien ne vous arrivera, je
suis une bonne guide. Le manoir n'est plus vide depuis notre
dernière visite, il abrite des hôtes de choix. Évidemment,
qu'ils sont vampires eux aussi, vous avez de drôle de question !
Détendez-vous et laissez vous porter jusqu'à elle ...
Deux
souffles, deux voix à l'accent transylvanien se mêlent au
ronronnement d'un félin blanc qui trône sur les cuisses de sa
ténébreuse maîtresse. Ce soir, le raffinement est palpable, un
invité de marque et légendaire inonde le manoir de son charisme.
Sniejana lui fait face, radieuse dans sa noirceur, une robe noire au
reflet lunaire enlace sa silhouette tentatrice et teinte ses gestes
charmeurs d'un effet magique. Le comte à une cape couleur nuit
qui descend en plis majestueux le long de son corps svelte, son
intérieur rouge met en valeur toute sa prestance. Ses yeux perçants
et sombres délient les mystères de la vasque en obsidienne de la
comtesse pour découvrir l'univers de daifen. Son nez aquilin donne
toute la volonté et le paradoxe au visage de ce comte. Ses traits
sont doux, ils s'en dégagent quelque chose d'auguste, de
tranquillisant qui livrerait la plus timide des vierges aux plus
rougissantes des confidences. Mais, en même temps quelque chose de
terrible, de monstrueux dort sous cette apparence hypnotique. Il sort
enfin de sa contemplation occulte et sourit avec un charme envoûtant
à la maîtresse des lieux. - C'est un univers intéressant, je ne
doute pas que vos projets soient à la hauteur du nom de votre
famille. Les yeux d'or de la comtesse fixent ce visiteur qui est
venu à elle, en bon voisin. Sa voix suave et chaude se faufile entre
ses lèvres gourmandes : -Très cherr âmi, le temps nous serrt
Le vampire lui fait un sourire complice, au fond de ses yeux
noirs, une lueur étrange les habite durant quelques secondes avant
de disparaître. Il lève légèrement son menton volontaire tout en
regardant la tempête qui fait rage. Les flocons de neige affolés se
cognent contre les fenêtres, ses tourbillons apeurés, les plaintes
du vent s'apaisent sous son commandement. La lune décide enfin de
sortir de sa cachette vaporeuse et glisse un regard argenté à
l'intérieur du grand salon. -N'est-ce pas plus agréable de
voyager sous un clair de lune, comtesse Sniejana ? -Comte Dracula,
votre diligence vous perdra Il invite la comtesse à saisir son
bras, en digne gentilhomme à l'éducation et au maintien
irréprochable. Celle-ci le rejoint dans un silence entendu. Le félin
les devance légèrement en terminant la note de mystère qui les
entoure.
Le perron du manoir soutient les trois silhouettes.
Une brume se forme autour d'elles au fur et à mesure de leur avancée
aérienne, pour ne plus laisser aucune trace de leurs présences
sinon quelques brides de leurs auras ténébreuses flottant encore
dans l'atmosphère du manoir de la lune. Les cris inhumains des
harpies déchirent l'horizon glacé qui accueille les créatures de
la nuit. Les voilà qui avancent vers un château imposant et
froid, qui semble impénétrable par son austérité, et la force qui
émane du lieu. Il surplombe les flancs abrupts des Carpates,
couverts de bois sombres, d'où descendent de nombreux torrents gelés
qui creusent des sillons analogues aux plis d'un vêtement ou d'un
drap blanc. D'ailleurs, les spectres doivent assurément traîner
leurs chaînes dans les multiples couloirs de la forteresse.
-
Mes trois compagnes vous attendent avec impatience, elles se
souviennent de votre dernière sortie. Mais, elles n'ont point voulu
m'en dire un seul mot, les femmes et leurs secrets Le comte
Dracula soupire d'amusement, car il devine que la comtesse sera aussi
muette qu'une tombe sur le sujet. Il reprend d'une voix douce avec un
sourire énigmatique aux lèvres - Durant votre séjour en mon
château, je vais recevoir la visite d'un anglais pour la seconde
fois. Je veux investir dans une autre demeure à l'étranger . Aussi
n'en faites pas tout de suite une gourmandise, mettons-le à son
aise. Il se nomme John Warrer
Le rire limpide et suave de
Sniejana s'élève dans l'air froid et chargé d'ombres
mystérieuses -Ne vous inquiétez pâs pourr celâ , vous me
connaissez kss...
C'est l'heure, le vent hivernal aiguise ses crocs pour les ténèbres, les O mbres glissent vers les affres de la mort et de l'agonie. M audits vivants abritez vous, évitez de dormir les poings serrés. T enez vous prêt à servir de réjouissance à la déesse de la nuit. E ternelles souffrances elle aime donner le baiser de la mort. S ouriez ce n'est pas douloureux enfin si elle le veut bien. S irène des profondeurs nocturnes, écoutez sa voix brodée d'or E t suivez la danse de ses hanches vous ne risquerez rien
S oupir de plaisir, rire suave femme féline, envoûtante, versatile N e lui résistez pas, car elle est toujours imprévisible. I mpavide, elle fait face à la savoureuse haine des êtres futiles. E sbroufes et provocations sont ses armes de charme pour ses cibles. J ugez la...elle adore ça, elle se délectera d'autant plus de votre nectar. A ngéliques sont les traits fins de son visage opalin, N arquois ou enjôleur peut être le dessin de ses lèvres car A ttirée par la diversité elle jouera différemment mais ne quittera pas son air mutin.
D ans l'écrin de son manoir de la lune, elle attend son E veil, après que le soleil ait donné un dernier baiser à l'horizon.
R ouge est le fleuve de la vie, de votre essence vitale qui O ndule dans les méandres de vos veines goûteuses. T remblez pauvres humains, elle est de retour et sourit I rrésistiblement à l'idée de provoquer quelques gueux et gueuses. S oudards, hommes pieux, femmes jalouses, vous l'amuserez. L es langues vont se délier tandis qu'elle tissera ses liens sur vous A vec malice et délice en vous susurrant d'inquiétantes mélopées. V énus de tous les vices, elle sera un guide de choix où A nges et autres saints n'osent s'aventurer...