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Une si douce soirée

Ajouté le 17/10/2006

La soirée est si douce, la chaleur du feu me rosit les joues et me transporte dans un état d'apaisement. La morsure du froid est bien lointaine maintenant, j'ai ramené des petits gibiers à maman pour le dîner. C'est mon père qui m'a appris à braconner, c'est très utile durant l'hiver, la nourriture vient à manquer. Mais ce soir, elle a réussi à calmer ma faim.
Les doigts de mon père, gonflés et marqués par le labeur, tirent une mélodie joyeuse de la flûte qu'il a sculptée il y a peu. Maman me sourit en faisant sauter bébé sur ses genoux. Ses cheveux bruns mal attachés laissent retomber quelques mèches blanchies par les soucis et les privations. Ses traits tirés ont fini par créer des rides qui à cet instant révèlent sa beauté et sa fraîcheur de jeune fille qu'elle a été jadis. Ces moments de bonheur sont si rares qu'ils embaument mon coeur de joie. Je ressens la chaleur de ma famille tandis que la tempête de neige martèle les volets.
Le feu a perdu de sa vigueur, la voix de ma mère me sort de la somnolence. La flûte s'est arrêtée, je me frotte les yeux pour effacer ma vision troublée par le sommeil. Mon cou est endolori, je me suis endormi contre la pierre de l'âtre. Ma mère fait de la couture sur mes vieilles frusques. Elle m'a dit que si nous faisions des économies, elle me donnerait une pièce en cuivre pour m’'acheter une nouvelle chemise que je mettrai pour l'église. Je serai beau comme un roi !
-Sasha ! Va chercher du bois dehors ! Ton père a les mains pleines de graisse, il va en mettre partout sur la porte !

Je regarde d'un air renfrogné mon paternel qui graisse les sangles des chevaux pour éviter qu'elles ne craquèlent trop rapidement. A travers le faible éclairage de la bougie de suif, je vois qu'il me renvoie un sourire d'encouragement. Je remonte machinalement le col pour affronter le froid nocturne, les flocons de neige m'agressent sitôt la porte ouverte. Le vent glacé me transperce et secoue ma chemise qui claque comme un fouet sur ma peau vallonnée de frissons. Je vois les bûches de bois à semi-recouvertes de neige, plus vite j'y suis et plus vite je serai de nouveau au chaud. Mes doigts sont tétanisés de froid, j'attrape une quatrième bûche comme ça ils seront contents. Je les laisse toutes tomber d'effroi à mes pieds, une main s'est posée sur mon épaule. Je ne prends pas la peine de me retourner et m'apprête à les ramasser :
-Papa, c'est bien la peine de me dire d'aller chercher du bois, si tu viens maintenant !
-Je ne souis pâs vôtrrrre pâpâ…ksss

 

 


Un sursaut de peur me fait encore lâcher prise, je me retourne, les flocons de neige dansent autour d'elle. C'est une femme avec beaucoup d'allure, qui est chaudement enfermée dans un manteau de fourrure, elle doit être très riche. Elle me sourit et se penche vers moi, je reste encore sous l'effet de l'étonnement :
-Petit me laisserrrais-tou rrrentrrer chez toi …kss il fait si frroid dehors, tu ne voudrrais pâs que je meurrs de frroid.
Je ramasse gauchement les rondins de bois, elle me les prend des bras :
-Celâ doit êtrrre lourrd pourr toi… kss …laisse moi t'aider.
C'est vraiment une très belle femme, son visage respire la gentillesse. Je cours vite ouvrir la porte, elle me suit en souriant.
-Papa ! Maman ! Il y a une très belle dame dehors…la voici. Elle s'est égarée et a froid.

Le visage de mes parents s'est figé dans un sentiment d’inquiétude que je ne comprends pas. Ils la regardent déposer le bois sur la table, sa venue a brisé la douce torpeur qui régnait dans la maisonnette.
-C'est cômme ça qu'on âccueille oune comtesse …ksss..vôtrre petit â bien grrandit.

Elle m'ébouriffe les cheveux.
Je suis impressionné d'avoir une noble dame chez nous. Mais, ma mère a reculé près du berceau, et me dit de venir près d'elle. Ses yeux me supplient de lui obéir. Mon père est debout les poings fermés, la mâchoire serrée, il n'a encore rien dit. Ai-je fait une erreur en offrant l'hospitalité à cette noble dame ?
Le sentiment de malaise me gagne, je me balance sur mes jambes regardant tour à tour cette femme et mes parents. J'ai envie de pleurer, une boule d'angoisse s'installe dans ma gorge et mon ventre. Je vais pour courir rejoindre ma mère qui commence à avoir les yeux humides, mais une main me retient, et m'entraîne en arrière. Je suis contre la comtesse, elle me caresse la joue, son contact est froid, mais pas celui qui la refroidit sous la tempête. Je n'ose pas lever la tête pour la regarder, je reste immobile fixant mes parents. Ma mère ne peut plus se retenir, elle éclate en sanglot incontrôlé, et bébé l'accompagne :
-Pitié ! Pitié ne lui faites pas de mal ! Je vous en supplie !
-Vôyons..kss vôus sâvez trrrés bien que j'en ai aucoune…. Vôus savez pourrrquoi je souis lâ ..kss..

Elle me relâche, je me jette directement dans les bras de ma mère, elle me sert si fort comme si c'était la dernière étreinte qu'elle me donnait. Son corps est secoué par les pleurs qui me gagnent à mon tour. La comtesse s'approche de mon père qui fait un pas vers elle avec un air de défis. Il lève son poing, mais je n'en crois pas mes yeux, mais elle se retrouve derrière lui, je n'ai rien vu. Elle l'enlace, il se laisse faire sans réagir. Son regard est dans le vague, et il écoute comme hypnotisé.
-pourrrquoi ne m'âvez pâs dônné ce que j'âttendai ?…kss vôus sâvez ce qui ârrive lôrrsque je ne souis pâs sâtisfaite …kss ce n'est pâs sérrrieux…, pensez â vôtrrre petite fâmille..
-NON !! Ma mère hurle, ses jambes ne supportent plus son poids, j'essaye de la redresser, de la soutenir, mais elle est trop lourde pour moi. Je la laisse tomber sur les genoux.
Je tente d'appeler mon père, mais nul son ne veut sortir de ma bouche, cette boule d'angoisse qui loge dans ma gorge emprisonne ma voix.
La comtesse s'approche de nous, elle sourit pourtant rien ne parait inquiétant sur son visage opalin. Elle regarde le berceau où ma petite soeur s'agite, et la prend dans ses bras et la secoue pour la calmer comme le fait ma mère. Maman lève le bras, impuissante, pour empêcher la dame de la prendre. Elle marche autour de la pièce, elle s'arrête puis lèche le cou du bébé. Ses lèvres dessinent un sourire sadique, je vois deux petites canines apparaître qui se dirige vers le cou de ma soeur.
- La vampire des neiges… PAPA !

Ces mots sont sortis malgré moi, ils ont réussi à dévier l'attention de la comtesse. Elle redonne sans ménagement bébé à ma mère. Et s'agenouille à mon niveau :
-C'est ainsi que les enfants me nomment …kss c'est mignon …ksss Je m'âppelle Sniejana..tou sais ce que ça signifie ?
-Oui..oui M'dame…, c'est la neige.
-bien ! Sa main m'ébouriffe une nouvelle fois ma tignasse.

Elle se lève et entraîne mon père qui est toujours dans un état second à l'extérieur. Je veux me ruer sur elle. J'entends mon père hurler. La fureur me prend, je veux la tuer, ma mère me retient vers ce qui me conduit vers l'inconscience. J'arrive à me dégager d'elle.
Je suis dehors, je ne vois rien. J'avance à l'aveuglette dans les ténèbres, je vois des formes sombres, je titube vers elles ne sachant plus très bien pourquoi je suis là. La comtesse s'avance vers moi :
-Ton pâpâ ne peu plous rrrien pourr toi kss, …ce soirrr je souis bônne je vais vôus laisser lâ vie sauve…ksss
Je me tords la tête pour discerner mon père. Je le vois étendu sur la neige, dont les flocons le recouvrent peu à peu comme un linceul. Elle m’attrape le menton entre ses doigts glacés et me plante son regard qui me transperce l'âme comme un poignard.
-Rregarrde moi quand je te pârrrle… ksss dis â tâ mèrrre que j'âttend ce qu'elle me doit …kss je rrreviendrrai dans trrois jourrs …kss..et je ne serrrai pâs aussi bônne que ce soirr …kss...

Je suis terrifié, mais je n'arrive pas à me dégager de ses yeux jaunes de chat. Je la vois se transformer en brume, je suis tétanisé, je ne sens plus le froid qui me brûle la peau. Je suis à genoux prés du corps de mon père. Les traits de son visage montrent la souffrance dans lequel il a franchi le trépas. Son corps est mutilé. Le cri de ma mère derrière moi me sort de mon désespoir. Je tremble de toutes ses émotions qui me submergent :
-Il faut…, il faut que tu lui apportes ce qu'elle désire…elle…. Elle …revient dans trois jours.




 

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Séjour dans les Carpates: prologue

Ajouté le 5/10/2006

 

 

 

L'hiver a recouvert de son manteau ouaté et glacé les territoires du nord-est. Les flocons de neige s'affolent sous les bourrasques qui aiguisent leurs crocs pour les ténèbres. La sente, aux ondulations de serpent, se camoufle peu à peu sous l'immensité immaculée qui masque ainsi aux voyageurs égarés la direction du manoir de la lune. D'ailleurs, nos pas ne sont guère éclairés par l'astre nocturne endormi et feutré dans la masse nuageuse.
Nous percevons à force de ténacité, la masse sombre et inquiétante de la demeure qui se découpe dans ce paysage emprisonné de glace et de vent. Une lumière falote et étrange attire notre regard vers l'étage supérieur du manoir des Rotislava. Cette pâle lueur qui perce l'obscurité nous permet de voir les vols audacieux et lugubres des protégés de la comtesse au-dessus de l'écrin du royaume de la nuit.
Avançons prudemment et sans un bruit. Si seulement la neige pouvait cesser de crisser à chaque pas fait. Notre coeur bat si vite tandis que ces derniers mètres, nous conduisant à la porte du vestibule, semblent être une éternité.
Sur le fronton, un homme harpie paraît nous fixer avec perversité. Je ne saurai vous dire si c'est une gargouille ou si la mort l'anime comme ses soeurs qui continuent leur vol funeste au-dessus de nos têtes. Les portes obscures de l'apocalypse s'ouvrent devant nous, dans un silence d'outre-tombe, sur un autre monde…. Une voix masculine répond à celle au timbre féminin. …Mais ! Que faites vous, revenez, nous sommes si proche du but ! Nous n'allons pas rebrousser chemin après les lieues parcourues, et le portail de l'imaginaire franchi ! Voilà qui est plus sage, restez près de moi et rien ne vous arrivera, je suis une bonne guide.
Le manoir n'est plus vide depuis notre dernière visite, il abrite des hôtes de choix. …Évidemment, qu'ils sont vampires eux aussi, vous avez de drôle de question ! Détendez-vous et laissez vous porter jusqu'à elle…...






Deux souffles, deux voix à l'accent transylvanien se mêlent au ronronnement d'un félin blanc qui trône sur les cuisses de sa ténébreuse maîtresse. Ce soir, le raffinement est palpable, un invité de marque et légendaire inonde le manoir de son charisme. Sniejana lui fait face, radieuse dans sa noirceur, une robe noire au reflet lunaire enlace sa silhouette tentatrice et teinte ses gestes charmeurs d'un effet magique.
Le comte à une cape couleur nuit qui descend en plis majestueux le long de son corps svelte, son intérieur rouge met en valeur toute sa prestance. Ses yeux perçants et sombres délient les mystères de la vasque en obsidienne de la comtesse pour découvrir l'univers de daifen. Son nez aquilin donne toute la volonté et le paradoxe au visage de ce comte. Ses traits sont doux, ils s'en dégagent quelque chose d'auguste, de tranquillisant qui livrerait la plus timide des vierges aux plus rougissantes des confidences. Mais, en même temps quelque chose de terrible, de monstrueux dort sous cette apparence hypnotique. Il sort enfin de sa contemplation occulte et sourit avec un charme envoûtant à la maîtresse des lieux.
- C'est un univers intéressant, je ne doute pas que vos projets soient à la hauteur du nom de votre famille.
Les yeux d'or de la comtesse fixent ce visiteur qui est venu à elle, en bon voisin. Sa voix suave et chaude se faufile entre ses lèvres gourmandes :
-Très cherr âmi, le temps nous serrt…

Le vampire lui fait un sourire complice, au fond de ses yeux noirs, une lueur étrange les habite durant quelques secondes avant de disparaître. Il lève légèrement son menton volontaire tout en regardant la tempête qui fait rage. Les flocons de neige affolés se cognent contre les fenêtres, ses tourbillons apeurés, les plaintes du vent s'apaisent sous son commandement. La lune décide enfin de sortir de sa cachette vaporeuse et glisse un regard argenté à l'intérieur du grand salon.
-N'est-ce pas plus agréable de voyager sous un clair de lune, comtesse Sniejana ?
-Comte Dracula, votre diligence vous perdra…
Il invite la comtesse à saisir son bras, en digne gentilhomme à l'éducation et au maintien irréprochable. Celle-ci le rejoint dans un silence entendu. Le félin les devance légèrement en terminant la note de mystère qui les entoure.

Le perron du manoir soutient les trois silhouettes. Une brume se forme autour d'elles au fur et à mesure de leur avancée aérienne, pour ne plus laisser aucune trace de leurs présences sinon quelques brides de leurs auras ténébreuses flottant encore dans l'atmosphère du manoir de la lune. Les cris inhumains des harpies déchirent l'horizon glacé qui accueille les créatures de la nuit.
Les voilà qui avancent vers un château imposant et froid, qui semble impénétrable par son austérité, et la force qui émane du lieu. Il surplombe les flancs abrupts des Carpates, couverts de bois sombres, d'où descendent de nombreux torrents gelés qui creusent des sillons analogues aux plis d'un vêtement ou d'un drap blanc. D'ailleurs, les spectres doivent assurément traîner leurs chaînes dans les multiples couloirs de la forteresse.

- Mes trois compagnes vous attendent avec impatience, elles se souviennent de votre dernière sortie. Mais, elles n'ont point voulu m'en dire un seul mot, les femmes et leurs secrets…
Le comte Dracula soupire d'amusement, car il devine que la comtesse sera aussi muette qu'une tombe sur le sujet. Il reprend d'une voix douce avec un sourire énigmatique aux lèvres
- Durant votre séjour en mon château, je vais recevoir la visite d'un anglais pour la seconde fois. Je veux investir dans une autre demeure à l'étranger…. Aussi n'en faites pas tout de suite une gourmandise, mettons-le à son aise. Il se nomme John Warrer

Le rire limpide et suave de Sniejana s'élève dans l'air froid et chargé d'ombres mystérieuses
-Ne vous inquiétez pâs pourr celâ…, vous me connaissez …kss...





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Brume d'un soir...

Ajouté le 17/9/2006

 

 

C'est l'heure, le vent hivernal aiguise ses crocs pour les ténèbres, les
O mbres glissent vers les affres de la mort et de l'agonie.
M audits vivants abritez vous, évitez de dormir les poings serrés.
T enez vous prêt à servir de réjouissance à la déesse de la nuit.
E ternelles souffrances… elle aime donner le baiser de la mort.
S ouriez ce n'est pas douloureux…enfin si elle le veut bien.
S irène des profondeurs nocturnes, écoutez sa voix brodée d'or
E t suivez la danse de ses hanches…vous ne risquerez rien…

S oupir de plaisir, rire suave…femme féline, envoûtante, versatile
N e lui résistez pas, car elle est toujours imprévisible.
I mpavide, elle fait face à la savoureuse haine des êtres futiles.
E sbroufes et provocations sont ses armes de charme pour ses cibles.
J ugez la...elle adore ça, elle se délectera d'autant plus de votre nectar.
A ngéliques sont les traits fins de son visage opalin,
N arquois ou enjôleur peut être le dessin de ses lèvres car
A ttirée par la diversité elle jouera différemment mais ne quittera pas son air mutin.

D ans l'écrin de son manoir de la lune, elle attend son
E veil, après que le soleil ait donné un dernier baiser à l'horizon.

R ouge est le fleuve de la vie, de votre essence vitale qui
O ndule dans les méandres de vos veines goûteuses.
T remblez pauvres humains, elle est de retour et sourit
I rrésistiblement à l'idée de provoquer quelques gueux et gueuses.
S oudards, hommes pieux, femmes jalouses, vous l'amuserez.
L es langues vont se délier tandis qu'elle tissera ses liens sur vous
A vec malice et délice en vous susurrant d'inquiétantes mélopées.
V énus de tous les vices, elle sera un guide de choix où
A nges et autres saints n'osent s'aventurer...


 

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