Séjour dans les Carpates: prologue
5/10/2006
L'hiver
a recouvert de son manteau ouaté et glacé les territoires du
nord-est. Les flocons de neige s'affolent sous les bourrasques qui
aiguisent leurs crocs pour les ténèbres. La sente, aux ondulations
de serpent, se camoufle peu à peu sous l'immensité immaculée qui
masque ainsi aux voyageurs égarés la direction du manoir de la
lune. D'ailleurs, nos pas ne sont guère éclairés par l'astre
nocturne endormi et feutré dans la masse nuageuse.
Nous
percevons à force de ténacité, la masse sombre et inquiétante de
la demeure qui se découpe dans ce paysage emprisonné de glace et de
vent. Une lumière falote et étrange attire notre regard vers
l'étage supérieur du manoir des Rotislava. Cette pâle lueur qui
perce l'obscurité nous permet de voir les vols audacieux et lugubres
des protégés de la comtesse au-dessus de l'écrin du royaume de la
nuit.
Avançons prudemment et sans un bruit. Si seulement la neige
pouvait cesser de crisser à chaque pas fait. Notre coeur bat si vite
tandis que ces derniers mètres, nous conduisant à la porte du
vestibule, semblent être une éternité.
Sur le fronton, un homme
harpie paraît nous fixer avec perversité. Je ne saurai vous dire si
c'est une gargouille ou si la mort l'anime comme ses soeurs qui
continuent leur vol funeste au-dessus de nos têtes. Les portes
obscures de l'apocalypse s'ouvrent devant nous, dans un silence
d'outre-tombe, sur un autre monde
. Une voix masculine répond à
celle au timbre féminin.
Mais ! Que faites vous, revenez, nous
sommes si proche du but ! Nous n'allons pas rebrousser chemin après
les lieues parcourues, et le portail de l'imaginaire franchi ! Voilà
qui est plus sage, restez près de moi et rien ne vous arrivera, je
suis une bonne guide.
Le manoir n'est plus vide depuis notre
dernière visite, il abrite des hôtes de choix.
Évidemment,
qu'ils sont vampires eux aussi, vous avez de drôle de question !
Détendez-vous et laissez vous porter jusqu'à elle
...

Deux
souffles, deux voix à l'accent transylvanien se mêlent au
ronronnement d'un félin blanc qui trône sur les cuisses de sa
ténébreuse maîtresse. Ce soir, le raffinement est palpable, un
invité de marque et légendaire inonde le manoir de son charisme.
Sniejana lui fait face, radieuse dans sa noirceur, une robe noire au
reflet lunaire enlace sa silhouette tentatrice et teinte ses gestes
charmeurs d'un effet magique.
Le comte à une cape couleur nuit
qui descend en plis majestueux le long de son corps svelte, son
intérieur rouge met en valeur toute sa prestance. Ses yeux perçants
et sombres délient les mystères de la vasque en obsidienne de la
comtesse pour découvrir l'univers de daifen. Son nez aquilin donne
toute la volonté et le paradoxe au visage de ce comte. Ses traits
sont doux, ils s'en dégagent quelque chose d'auguste, de
tranquillisant qui livrerait la plus timide des vierges aux plus
rougissantes des confidences. Mais, en même temps quelque chose de
terrible, de monstrueux dort sous cette apparence hypnotique. Il sort
enfin de sa contemplation occulte et sourit avec un charme envoûtant
à la maîtresse des lieux.
- C'est un univers intéressant, je ne
doute pas que vos projets soient à la hauteur du nom de votre
famille.
Les yeux d'or de la comtesse fixent ce visiteur qui est
venu à elle, en bon voisin. Sa voix suave et chaude se faufile entre
ses lèvres gourmandes :
-Très cherr âmi, le temps nous serrt
Le vampire lui fait un sourire complice, au fond de ses yeux
noirs, une lueur étrange les habite durant quelques secondes avant
de disparaître. Il lève légèrement son menton volontaire tout en
regardant la tempête qui fait rage. Les flocons de neige affolés se
cognent contre les fenêtres, ses tourbillons apeurés, les plaintes
du vent s'apaisent sous son commandement. La lune décide enfin de
sortir de sa cachette vaporeuse et glisse un regard argenté à
l'intérieur du grand salon.
-N'est-ce pas plus agréable de
voyager sous un clair de lune, comtesse Sniejana ?
-Comte Dracula,
votre diligence vous perdra
Il invite la comtesse à saisir son
bras, en digne gentilhomme à l'éducation et au maintien
irréprochable. Celle-ci le rejoint dans un silence entendu. Le félin
les devance légèrement en terminant la note de mystère qui les
entoure.
Le perron du manoir soutient les trois silhouettes.
Une brume se forme autour d'elles au fur et à mesure de leur avancée
aérienne, pour ne plus laisser aucune trace de leurs présences
sinon quelques brides de leurs auras ténébreuses flottant encore
dans l'atmosphère du manoir de la lune. Les cris inhumains des
harpies déchirent l'horizon glacé qui accueille les créatures de
la nuit.
Les voilà qui avancent vers un château imposant et
froid, qui semble impénétrable par son austérité, et la force qui
émane du lieu. Il surplombe les flancs abrupts des Carpates,
couverts de bois sombres, d'où descendent de nombreux torrents gelés
qui creusent des sillons analogues aux plis d'un vêtement ou d'un
drap blanc. D'ailleurs, les spectres doivent assurément traîner
leurs chaînes dans les multiples couloirs de la forteresse.
-
Mes trois compagnes vous attendent avec impatience, elles se
souviennent de votre dernière sortie. Mais, elles n'ont point voulu
m'en dire un seul mot, les femmes et leurs secrets
Le comte
Dracula soupire d'amusement, car il devine que la comtesse sera aussi
muette qu'une tombe sur le sujet. Il reprend d'une voix douce avec un
sourire énigmatique aux lèvres
- Durant votre séjour en mon
château, je vais recevoir la visite d'un anglais pour la seconde
fois. Je veux investir dans une autre demeure à l'étranger
. Aussi
n'en faites pas tout de suite une gourmandise, mettons-le à son
aise. Il se nomme John Warrer
Le rire limpide et suave de
Sniejana s'élève dans l'air froid et chargé d'ombres
mystérieuses
-Ne vous inquiétez pâs pourr celâ
, vous me
connaissez
kss...

Catégorie :
Comtesse Sniejana de Rotislava
Ecrire un commentaire |
Print/Imprimer

légendetoiles, le 06-10-2006 à 12:02:17 :
Bonjour
merci beaucoup :-)
pour la chanteuse, je ne sais pas, on va donc dire que c'est moi lol
bonne journée