Un conte pour la nouvelle année
5/1/2007
Un jour, un apprenti peintre fut confronté à un problème ardu. En effet, il désirait acquérir une technique récente sans pour autant abandonner celle qu'il pratiquait jusqu'alors. La difficulté résidait dans le fait que, étant toutes les deux fort différentes, il lui fallait absolument se défaire de l'ancienne ou oublier la nouvelle.
Ne pouvant opérer, seul, un choix aussi délicat, il alla trouver son maître pour lui demander conseil. Ce dernier, pour toute réponse, lui enjoignit de le suivre.
Les deux hommes marchèrent longtemps en silence l'un à côté de l'autre et traversèrent plaine et village pour se retrouver finalement au sommet d'une colline. C'était l'heure du crépuscule et l'horizon s'était enflammé. Le maître demanda à son élève :
-Que vois-tu ?
Le jeune garçon fièrement répondit :
-Je vois l'éclat de l'or et le rougeoiement du feu. Je vois des flammèches orangées et des lueurs grenat. Là, une touche de vermillon mêlée de pourpre et là quelque pointes incandescentes d'un jaune lumineux. Plus loin, un lavis noir bleuté, annonciateur d'une nuit sans lune.

Satisfait de lui-même, le disciple attendit avec assurance le verdict de son instructeur mais gravement celui-ci déclara :
-Là, où tu vois une incomparable palette de couleurs, moi je n'ai vu qu'un soleil couchant. Tu as jugé comme un peintre et quand tu verras avec les yeux d'un homme, alors tu connaîtras la voie. Cherche le chemin qui conduit à la Vérité pure et simple, sans fioriture.
L'apprenti partit donc sur les routes de son chemin initiatique, à la recherche de la Vérité. Il avait ainsi arpenté bien des chemins pour pouvoir la trouver mais, pour l'heure, sa quête n'avait point eu encore d'issue.
Les passants qu'il rencontrait ne le regardaient qu'avec indifférence ou amusement et quand il leur demandait où se cachait la vérité, ils se détournaient en haussant les épaules ou levaient les yeux vers le ciel.
Pourtant un jour sa route croisa celle d'un vieillard qui ne songeait ni à la mépriser ni à s'amuser de lui. Au contraire, il lui indiqua une voie :
-dans la forêt, vit l'animal le plus sage de toute la création et lui connaîtra certainement la réponse.
Le voyageur se retrouva bientôt dans une clairière et là, tomba sur un vieil hibou qui le regarda d'un oeil bienveillant. A n'en pas douter, il allait lui apporter la révélation. L'homme s'adressa à lui avec respect mais voilà ce qui lui fut répondu :
-Mon ami, comme j'aimerai pouvoir vous aider ! Mais je n'ai de la vie qu'une vision imparfaite, ne connaissant que la frondaison des arbres et la nuit étoilée. Allez à la rivière : elle, elle traverse le vaste monde et aura certainement rencontré cette Vérité qui vous tient tant à coeur.
Dans la vallée, régnait un grand calme seulement troublé par le murmure de l'eau. Le peintre se réjouit car il sentait qu'enfin il approchait de son but. Mais grande fut sa déception quand la rivière lui rétorqua :
-Ne voyez vous point que je suis prisonnière du lit où je coule ? Toujours je vais vers le fleuve sans pouvoir une seule fois me détourner ou revenir à la source. Le vent, lui, se joue bien de toutes les contraintes et connaît sans aucun doute celle que vous recherchez avec tant d'espoir.
L'homme commençait à ressentir les effets de la lassitude mais son regard fut attiré par les fougères doucement bercées par une brise légère. Sans attendre, il s'adressa au vent, mais celui-ci répliqua :
-Qui détient la Vérité sinon le plus puissant ? Je peux être zéphyr ou ouragan mais puis-je pour autant abattre une montagne ? Elle seule est au fait des grands mystères de ce monde. Allez la voir, elle ne se refusera pas.
Au vu des versants escarpés, des précipices, le voyageur fut près d'abandonner, mais pourtant ne renonça point. Heureusement, car la montagne l'attendait et avec commisération, lui répondit :
-On me croit forte et pourtant je ne suis que faiblesse. Qui suis-je par rapport au nuage qui peut d'un seul mouvement embrassez le ciel ou abreuver la terre ? C'est lui notre maître et il est le seul à détenir la Vérité
Au sommet, une brume épaisse masquait l'horizon et le disciple se sentit las et découragé. Ce qu'il entendit ne lui redonna pas courage :
-Mon pauvre ami, vous vous fourvoyer. La Vérité est encore plus inaccessible que vous ne le supposez. Elle se tient dans des hauteurs que votre esprit ne peut même pas entrevoir. Pourtant ; si vous redevenez comme un enfant, si vous fermez les yeux et que vous ouvrez les mains, alors vous recevrez.
L'apprenti qui s'était transformé depuis son voyage peu à peu en homme, s'exécuta, ravi, mais quand au bout d'un certain temps, il regarda ses paumes, rien n'avait changé et elles étaient cruellement vides. Le malheureux n'eut pas l'occasion d'exprimer sa colère car le nuage poursuivit :
-la Vérité se tient au fond du coeur de l'homme et le seul chemin pour y accéder c'est celui de la main. N'est-ce point l'outil de l'artiste, de l'homme ? Alors, mettez vous à l'ouvrage et construisez votre propre réalité sans prétention et avec patience. Elle seule vous donnera la connaissance suprême et tant recherchée.

Catégorie :
Contes et autres histoires
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